L’épître aux Éphésiens a été très probablement écrite pendant la captivité de saint Paul à Rome, en 62 ou 63, en même temps que l’épître aux Colossiens, ou peu de temps après. (Voir dans les notes l’exposé général sur les épîtres de la captivité.) Son authenticité a été et reste encore contestée, alors que celle de la lettre aux Colossiens n’est plus guère mise en doute. Aucune pourtant n’est mieux attestée par la tradition ancienne : citations des Pères apostoliques, témoignages explicites des Pères et écrivains anciens, y compris les hérétiques gnostiques, à partir du milieu du IIe siècle.
Elle n’a donc pu être attaquée qu’au nom de la critique interne, et encore l’a-t-on parfois attribuée à un disciple de l’apôtre, pénétré de sa pensée, ce qui serait à la rigueur acceptable. Les arguments invoqués sont tirés surtout du vocabulaire et du style. Il y a dans la lettre aux Éphésiens des mots nouveaux, mais pas plus que dans les épîtres précédentes ; leur présence s’explique pour une bonne part par les circonstances et par les idées nouvelles ; d’ailleurs saint Paul est assez maître de sa langue pour varier ses expressions. Le style est caractérisé par des phrases longues, enchevêtrées, surchargées de participes, de génitifs et de relatifs : voir surtout I, 3-14. Mais ces particularités, bien que plus accentuées ici, ne sont pas rares dans les autres épîtres. (Voir par exemple, Romains I, 1-7 ; III, 21-26, et, pour les génitifs, II Corinthiens IV, 6 ; I Thessaloniciens I, 3.) De tels arguments ne sauraient prévaloir contre l’unanimité de la tradition, et il se pourrait au surplus que certaines des différences signalées soient le fait du secrétaire utilisé par l’apôtre.
Un fait plus surprenant est le caractère impersonnel de la lettre, si vraiment elle est adressée aux fidèles d’Éphèse, évangélisés par saint Paul pendant plus de deux ans : Actes XX, 8-10. Mais il l’a peut-être destinée à la fois aux Éphésiens et aux autres Églises d’Asie Mineure, ce qui expliquerait l’absence d’allusions et de détails personnels. L’hérétique Marcion lisait dans la suscription le nom de Laodicée, et celui d’Éphèse manque dans plusieurs manuscrits importants. Cette hypothèse d’une encyclique, adressée, par l’intermédiaire de l’Église d’Éphèse, aux autres Églises d’Asie est aujourd’hui assez en faveur.
Il y a des ressemblances étroites entre les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens ; l’une et l’autre insistent sur la prééminence et les prérogatives du Christ ; mais on ne saurait aucunement en conclure que la lettre aux Éphésiens soit l’amplification d’un faussaire. D’ailleurs le point de vue n’est pas tout à fait le même. Aux Éphésiens, saint Paul rappelle surtout ce que l’Église est et doit être pour le Christ ; aux Colossiens, ce que la personne du Christ est pour l’Église, et le ton de cette dernière lettre est plus polémique et plus concret. L’idée centrale dans l’épitre aux Éphésiens est la doctrine du corps mystique dont le Christ est la tête, et la réunion de tous les êtres en lui. Cette doctrine, déjà esquissée dans Romains VIII, et I Corinthiens XII, trouve ici, en termes grandioses et magnifiques, son entier développement et son explicitation la plus complète. Jamais Paul ne s’est élevé plus haut.
Les quatre Épîtres : aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon ont été écrites par saint Paul prisonnier : Éphésiens III, 1 ; IV, 1, 20 ; Philippiens I, 7, 13, 17 ; Colossiens IV, 3, 10, 18 ; Philémon 9, 23. L’Apôtre se trouvait-il à Césarée, où le gouverneur Félix le retint deux ans (Actes XXIV, 27), ou bien à Rome, en attendant de comparaître devant l’empereur, à qui il avait fait appel (Actes XXV, 12) et où il demeura également captif pendant deux années ? (Actes XXVIII, 16, 30-31). Les deux opinions ont été soutenues. Cependant l’hypothèse de la captivité romaine est plus généralement retenue aujourd’hui.
Les lettres aux Éphésiens et aux Colossiens sont étroitement apparentées. Elles doivent être à peu près contemporaines. Plusieurs indices montrent que le billet à Philémon a été rédigé en même temps : comparer Éphésiens VI, 21 Colossiens IV, 7-9, 12-13 ; Philémon 10, 23-24. On s’accorde à placer en dernier lieu l’Épître aux Philippiens, où l’Apôtre exprime plus nettement l’espoir d’une délivrance prochaine : I, 25-27 ; II, 23-24.